SABLIER GEANT AU MNHN
 
 
 

IMPARTI - ECLIPSES, une oeuvre  de Jean-Bernard METAIS
au Muséum National d'Histoire Naturelle à Paris




Dans le projet "Temps Imparti - Eclipses" pour le Jardin du Muséum d'Histoire Naturelle, l’artiste montre un tas de sable de 7 m. de diamètre, parfaitement conique et centré sur une dalle en béton située à 2,80 m. de hauteur. Cette dalle percée de 145 trous reprend la forme en positif des boulingrins1 situés devant et derrière le sablier.
 La structure porteuse est entièrement vitrée sur les 4 parois. Le plafond est en miroir, il réfléchit le cône de sable situé sur la dalle supérieure. Il montre dans cette pièce les deux éléments créatifs : négatif et positif, qui forment une seule et même oeuvre née de la contrainte de l'écoulement des granulats.
 

Les observateurs pourront assister à la lente transformation de ce cône de 40 tonnes de sable en une multitude de petits cônes qui formeront au sol un paysage déterminé par l'organisation des perçages d'écoulement. Cette oeuvre est installée pour deux ans dans le Jardin des Plantes. L'artiste montre plusieurs figures de quelques mois chacune, correspondant à des cycles d'éclipses partielles ou totales de soleil et de lune. Le sable s'écoule le temps d'une figure, lorsque celle-ci est achevée, le paysage obtenu reste figé jusqu'à la prochaine figure et cela du 11 août 1999 au 22 juin 20012.

Techniquement, les grosses difficultés sont la mobilité d'une masse de 40 tonnes d'un étage à l'autre sans déformation de la structure et la maîtrise de l'écoulement de sable en extérieur sur une longue période.

1. Boulingrin: espace évidé dans le jardin pour jouer aux boules.
2. Temps qui relie la dernière éclipse totale du Soleil du 2ème millénaire chrétien à la première du 3ème millénaire.


 Jean-Bernard Métais réalise depuis une dizaine d’années des pièces à sable, appelées « Temps Imparti ». Elles marquent, par leur temps d’écoulement, des événements cosmiques ou humains. Ces œuvres figurent dans des collections particulières, des musées, et des lieux publics en France et à l’étranger.
 Le sablier « Temps Imparti - Eclipse » a été conçu pour fonctionner 22 mois, temps qui relie la grande éclipse de cette fin de millénaire le 11 août 1999, à celle du début du troisième millénaire en juin 2001.
 Sa conception technique est le fruit de centaines d’expérimentations menées depuis 1991, pour maîtriser l’écoulement du sable sur une très longue période. Il est installé à Paris, au Jardin des Plantes, dans l’allée centrale du Muséum National d’Histoire Naturelle.
 La lente élaboration d’un cône de sable est une expérience fascinante : sur des milliers de manipulations, aucune n’est identique à la précédente. Nous maîtrisons le parcours des navettes spatiales, mais nous ne pouvons prévoir les milliards de possibilités qui existent dans l’écoulement d’un cône de sable. Les physiciens comparent l’écoulement des granulats au mouvement des foules qui cherchent à franchir une seule sortie.
Certains astrophysiciens trouvent des similitudes dans l’ordonnance des étoiles et planètes de notre galaxie avec la problématique des attirances et répulsions de certains grains de sable dans un cône en écoulement.
 Les œuvres « Temps Imparti » et « Éboulis » de Jean-Bernard Métais nous livrent aujourd’hui le cadre conceptuel dans lequel on peut aborder « l’espace temps » associé à la présence d’une masse, et le phénomène le plus universel et le plus mystérieux de la nature : la gravité. « Le plus universel. Du simple constat qu’on garde toujours les pieds au sol où qu’on se trouve à la surface de la Terre, à la forme de nos volcans et à l’écoulement de nos fleuves, du mouvement de la lune autour de notre planète et de toutes les planètes autour du Soleil, de la formation des étoiles, galaxies et amas de galaxies à la distribution de matière à l’échelle de l’univers, partout le même phénomène est à l’œuvre : la gravité. Le plus mystérieux, car à ce jour on n’a jamais pu en expliquer les mécanismes. Où qu’on se trouve dans l’Univers, toute masse interagit avec les autres, quelles que soient les distances qui les séparent, sans qu’on sache pourquoi. »1
 L’artiste Jean-Bernard Métais montre des temps précieux grâce à ces pièces à sable où s’exerce la pesanteur. Il cherche à provoquer chez l’observateur l’intuition du temps présent, ce présent du présent dont parle Saint-Augustin2 serait proche de l’éternité. Ces instants sont présents lorsque l’on se livre à la contemplation des millions de grains de sable qui forment avalanche après avalanche des zones de stabilité qui, à leur tour s’effondrent à nouveau pour ne conserver qu’une seule pente, ce même degré d’inclinaison qui caractérise un tas de sable mesurant 10 cm de hauteur ou bien 30 ou 50 mètres et invariablement pour une granulométrie et hygrométrie données. Une expérience de ce type en extérieur sur 22 mois n’a jamais été réalisée.
 La lente élaboration des cônes de sable de « Temps Imparti - Eclipses » dans le Jardin des Plantes à Paris sera tout au long de ces 22 mois, une expérimentation fascinante, les visiteurs pourront entrer au gré de leur promenade, dans cette insidieuse et troublante réalité de « L’être-temps » de Maître Dôgen3, cher à Jean-Bernard Métais : « un bambou est du temps », « une pierre est du temps ». « L’existence est du temps, l’existence en tant que durée, en tant qu’impermanence, à partir de là, il n’est plus rien que l’instant », l’existence-temps est tout entière le temps en ces instants précis. (d’après G. de Rincquesen, 1999)
 

1. Serge Jodra, Astrophysicien
2. Les Confessions de Saint-Augustin (livre XI chapitre 14/2c)
3. Moine bouddhiste du 13ème siècle qui introduit le Zen Sôtô au Japon (Polir la lune et labourer les nuages, Albin Michel)