Et après ? L'Homme fait sa crise !

Et après ?

Comme nous avons essayé de le montrer, la mesure de la biodiversité passée est très délicate parce que biaisée de part en part. Néammoins, tous les spécialistes s'accordent pour admettre qu'il y a eu des périodes durant lesquelles les extinctions des organismes ont été anormalement fortes et l'environnement a été très perturbé. Les périodes d'extinctions massives ont contribué aux profondes modifications du monde vivant au cours du temps et donc aussi à son image actuelle.

Les causes des crises constituent un domaine de recherche très actif. Il reste difficile de trancher en faveur de telle ou telle hypothèse en tant que cause majeure d'une extinction. Les hypothèses de type scénario catastrophe, sont certes dignes du cinéma hollywoodien, mais probablement à bannir. Place doit être laissée à des hypothèses peut-être moins spectaculaires mais plus rigoureuses. Ces hypothèses doivent notamment faire intervenir des mécanismes touchant aux environnements (dont le climat) et préférences écologiques des organismes qui sont désormais considérés comme des éléments clés des crises.

Les crises biologiques ont été nombreuses et variées dans le passé. De nos jours, une sixième grande crise biologique semble pointer le bout de son nez (L'Homme fait sa crise). Une fois n'est pas coutume, ce nouvel épisode dévastateur ne paraît pas complétement lié à des causes extrinsèques à la biodiversité (environnement, tectonique...). En fait, il serait bien plus causé par une cause intrinsèque à la biodiversité : la surabondance d'une seule espèce (Homo sapiens, c'est à dire nous) et ses activités induites sur les écosystèmes (Pour en savoir plus, lire Barbault, 2006). Cette crise aux causes sans précédents ne conduira probablement pas à l'éradication totale de la biodiversité actuelle. A l'image des précédentes crises, certains organismes sauront même profiter du bouleversement introduit. Mais rien ne dit que l'orgueilleux groupe animal responsable de cette nouvelle crise saura en surmonter les effets. Qui sème le vent récolte la tempête ?

L’Homme fait sa crise !

Sans parler du possible rôle humain dans les nombreuses extinctions ayant touché de grands mammifères (mammouths, rhinocéros laineux…) lors des glaciations quaternaires, on reconnaît à l’Homme un impact considérable sur la biodiversité actuelle. En effet, depuis au moins deux siècles, s’est amorcée une évidente période d’extinction des organismes. Sans débattre longuement sur les causes, constatons seulement que cette crise coïncide parfaitement avec le très fort développement de la démographie et des activités humaines : "Il faut savoir tout de même que le taux d'extinction des espèces est 100 fois plus important après qu'avant 1860, ce qui donne l'échelle du problème et désigne le responsable" (Pierre Jouventin, 1999). La diminution drastique (voire la disparition) et l’artificialisation de nombreux milieux naturels originels paraissent jouer un rôle prépondérant dans la crise qui touche actuellement le monde vivant.

L’exemple de l’évolution des communautés d’oiseaux dans un pays développé très agricole comme la France (Fig. 31) illustre bien comment la biodiversité est aujourd’hui affectée. D’une manière générale, les espèces spécialisées sur le plan des niches écologiques (de milieux forestiers ou de plaines agricoles ouvertes) se raréfient. Les espèces généralistes sont en expansion. Les espèces inféodées aux bâtiments humains ne montrent pas vraiment de changement.

Figure 31: . Représentation de l’évolution des communautés d’oiseaux selon leur niche écologique durant les 16 dernières années (d’après les données du CRBPO, Muséum national d’Histoire naturelle).

Tout ceci fait apparaître la sélectivité de ces phénomènes d’évolution des communautés d’oiseaux. L’évolution des milieux naturels semble être en relation directe avec ces chiffres. Les oiseaux de milieu agricole (plaines ouvertes) souffrent vraisemblablement de l’artificialisation de leur environnement (pesticides agricoles qui détruisent la base de la chaîne alimentaire…). A l’inverse, les espèces généralistes sont favorisées par leur tolérance et leur capacité d’adaptation à des milieux anthropiques (humains).

D’une manière globale, malgré l’augmentation du nombre des généralistes, la biodiversité spécifique de cette communauté d’oiseaux montre une diminution non négligeable. C’est probablement selon ce modèle qu’une bonne partie de la biodiversité tend et va tendre à évoluer dans les prochaines années, une diversité en espèces moindre, avec en proportion, une augmentation du nombre de quelques espèces généralistes par rapport aux spécialistes (plus dépendants d’un milieu donné). Ce type d’évolution de la biodiversité correspond d’ailleurs parfaitement à ce que l'on connait des crises passées.

L’évolution démographique de l’espèce humaine, exponentielle au cours des deux derniers siècles (voir figure 32), est probablement une des causes majeures à la crise actuelle. L’augmentation de son niveau de vie moyen, qui tient un rôle dans l’évolution démographique, est également une cause potentielle importante de la crise (un homme du 21ème siècle ap. J-C consomme en moyenne beaucoup plus de ressources qu’un homme contemporain de Charlemagne, et à plus forte raison encore qu’un homme vivant 5000 ans av. J-C). L'espèce humaine occupe aujourd'hui beaucoup de niches écologiques et n'hésite pas à éradiquer des pans entiers de la biodiversité lorsqu'elle s'attaque à ce qu'elle appelle la vermine, les parasites...

Figure 32: Evolution de la démographie humaine mondiale dans les 10 000 dernières années (d’après l’INED).

L’évolution vers un nombre grandissant d’êtres humains ainsi que vers une consommation croissante en ressources se produit en effet au détriment des milieux naturels et du monde vivant : besoin croissant d’espace pour abriter les populations et produire leurs biens de consommation, besoin croissant en ressources naturelles (eau, pétrole, gaz…), conduisent inéluctablement à l’appauvrissement des richesses naturelles, dont la biodiversité. De nos jours, les effectifs de la population humaine combinés à ses dépenses en ressources naturelles sont tels que notre empreinte écologique est en fort déséquilibre avec ce que la planète peut offrir (Barbault, 2006). La biodiversité que nous connaissons en est grandement menacée. Ne sommes-nous pas en train de scier la branche sur laquelle nous sommes assis ?

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Auteurs : Guillaume Billet et Benjamin Bonnefoy, dans le cadre du monitorat MNHN 2006-2007
Sous la direction de Patrick De Wever, Professeur, MNHN
Pour l'illustration, nous avons bénéficié du savoir-faire d'Agathe (Evelyne Cambreleng, MNHN)
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